Al Badil Ettounsi, la troisième voie tunisienne

Publié le 30/10/2018

La scène politique tunisienne est en proie à une certaine fébrilité depuis que le président Essebsi s’est engagé fin septembre à ce que des élections aient lieu en décembre 2019. Une recomposition du paysage politique est à l’œuvre dans un contexte de profonde crise sociale, doublée d’une crise fratricide au cœur de la majorité au pouvoir, qui paralyse l’appareil étatique depuis six mois.

Effondrement des indicateurs économiques, tensions sociales, déclin de la confiance politique… C’est l’expérience démocratique même qui menace de s’effondrer, comme en témoigne l’abstention massive (près de 66 %) aux municipales de mai dernier. L’expression d’un désaveu des partis en place, rendus responsables des maux de la société et du statu quo politique. D’un côté, Nidaa Tounès, le parti au pouvoir, perd en crédibilité, affecté par ses querelles internes. De l’autre, ce scrutin a révélé la désillusion de l’électorat d’Ennahda par rapport aux promesses non tenues. Le succès des listes indépendantes a mis en lumière la nécessité de proposer une alternative aux grosses machines politiques.

Grand retour de Mehdi Jomaa

Conscient de ce divorce entre ses concitoyens et la classe politique, Mehdi Jomaa n’avait pas attendu ces résultats pour lancer un nouveau parti politique en mars 2017, Al Badil Ettounsi (Alternative tunisienne). Son credo ? Une approche populaire et participative, en droite ligne de son think tank multidisciplinaire mis en place fin 2016, Tunisie Alternatives.

Dix-huit mois plus tard, celui qui fut chef du gouvernement entre janvier 2014 et février 2015 signe son grand retour sur le devant de la scène politique avec un premier meeting électoral, le 28 octobre, à Ksar Helal. Face à un parterre de 3000 adhérents, personnalités politiques, experts et activistes de la société civile venus de tout le pays, il a réaffirmé ses engagements, officialisant la candidature de son parti aux législatives de 2019.

Rassemblement d’union nationale

Face aux rêves démocratiques brisés, il a martelé l’urgence de « déployer une nouvelle énergie, un nouvel élan à même de concrétiser ces rêves pour un futur meilleur ». Dressant un constat accablant de la situation du pays, dont la souveraineté est menacée « par une crise politique sans précédent entre les institutions et notamment celles de l’exécutif, par le blocage d’instances constitutionnelles vitales telles que la Cour constitutionnelle qui n’a toujours pas vu le jour ou l’instance supérieure indépendante des élections, profondément secouée en son sein par des tensions politiciennes », il a énuméré ses priorités : « rétablir la primauté de la loi, combattre la corruption dans ses causes les plus profondes, traiter le mal à la racine (…), opérer un changement sociétal où la culture du travail retrouvera sa juste valeur, où l’ascenseur social garantira à nouveau l’équité des chances pour tous, où la méritocratie se substituera à la médiocratie et au copinage ».

Déployer une nouvelle énergie, un nouvel élan à même de concrétiser ces rêves pour un futur meilleur

Premier à se positionner dans les starting-blocks pour les prochaines échéances électorales, cette personnalité discrète bénéficie du bilan positif de ses douze mois passés à la tête du gouvernement et d’un positionnement au-dessus de la mêlée. Son leitmotiv : la faillite de la classe politique et du clanisme à sauver le pays de la crise de valeurs qu’il traverse. Cet ingénieur qui a fait l’essentiel de sa carrière dans une filiale du groupe Total s’est fixé pour objectif de fédérer au-delà des divergences idéologiques, plaidant pour un rassemblement d’union nationale en vue des échéances électorales de 2019. Un pas significatif a été fait dans ce sens : le 12 septembre, les membres du parti Tounes Awalan rejoignaient les rangs d’Al Badil Ettounsi, les deux formations affichant le même rejet de la coalition au pouvoir et de son bilan.

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L’ancien chef du gouvernement, Mehdi Jomâa, a présenté aujourd’hui, le 29 mars 2017, son parti politique dénommé Al Badil Ettounsi. Il a déclaré que la demande de visa légal a été déposée ce matin même.
Le président fondateur du Parti Al Badil Ettounsi et ancien chef de gouvernement Mehdi Jomaa a annoncé lors d’un meeting à Sousse, que le parti participera aux prochaines élections législatives

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